Anaïs Nin, ou l'art de dire le désir
Elle écrivait pour un euro la page, sans savoir qu'elle inventait une langue. Portrait d'une autrice qui a rendu le désir féminin lisible.
Il existe une légende tenace autour d'Anaïs Nin : celle d'une femme scandaleuse. C'est une lecture voluptueuse. Ce qu'elle a finalement réellement accompli est bien plus difficile — elle a donné au désir féminin une syntaxe, à une époque où on ne lui accordait qu'un silence poli.
Dans les années 1940, à New York, Nin écrit des textes érotiques sur commande, payée au feuillet par un collectionneur anonyme. Le commanditaire lui demande de « laisser tomber la poésie ». Elle refuse, et c'est précisément ce refus qui fonde son œuvre.
Une écriture du dedans
Là où la tradition érotique décrivait des corps vus de l'extérieur, Nin écrit depuis l'intérieur de la sensation. Le lecteur ne regarde pas : il ressent. Ce déplacement du point de vue est une révolution discrète, et il explique pourquoi ses textes n'ont pas vieilli quand tant d'autres sont devenus illisibles.
L'érotisme est l'un des fondements de la connaissance de soi, aussi indispensable que la poésie.
Anaïs Nin, préface à Vénus Erotica
Par où commencer
Si vous n'avez jamais lu Nin, ne débutez pas par les nouvelles. Commencez par ses journaux : c'est là que la voix est la plus "nue", et que l'on comprend que l'érotisme, chez elle, n'a jamais été un genre mais une manière de vivre.
- Journal 1931-1934 — pour la voix, la liberté, l'intelligence du regard
- Vénus Erotica — pour les nouvelles, à lire lentement, une par soir
- Les Petits Oiseaux — pour la variation, plus brève et plus sèche
Une lecture d'Anaïs Nin ne se consomme pas. Elle se laisse infuser, comme on garde un livre sur la table de chevet plusieurs semaines sans le finir. C'est exactement l'esprit dans lequel nous composons nos écrins.
La rédaction
Écrins d'Éros — une maison française dédiée à l'intime célébré.


